Plurilingue

L’anglais, une langue menacée?

La langue anglaise est menacée… c’est une réalité curieuse souvent ignorée mais pas par les Britanniques! Un comble. L’anglais est une langue d’apparence assez simple et surtout d’une structure très souple se prêtant facilement à des variations et à des ajouts. Déjà à l’origine une langue aux nombreuses variantes en Grande-Bretagne même (anglais, écossais, cockney, RP (celle enseignée aux étrangers…), l’éloignement des zones parlées dans le monde entrainent des différentiations incontrôlables. Les « pidgins », le créole anglais avec mélange des langues, l’américain, les accents, les argots, les dialectes régionaux… n’en font pas une langue universelle structurée et commune. Une anglaise de Brighton aura du mal à comprendre le cockney ou l’accent du Texas et trouvera étrange la grammaire de l’Indien. L’anglais universel n’existe tout simplement pas, sauf peut-être le « global english » (langue d’aéroport!) langue appauvrie au vocabulaire limité employée surtout dans le monde des affaires, en particulier entre étrangers pour communiquer (qui conservent leurs langues maternelles pour un usage plus riche et expressif). L’anglais véritable n’est pas gagnant linguistiquement de cet espéranto limité. De plus le »franglais » n’est pas l’apanage des Français quand il s’agit d’inventer des mots inutiles. Un avis (livre) anglo-saxon sur les dérives de l’anglais des affaires!
Who-owns-english? Cette question soulève le principe même de l’anglais au singulier et de la maîtrise de son évolution.
Enseigner le « globish » est l’idée d’un Français pour qui l’anglais est surtout utilisé dans les affaires entre locuteurs non natifs anglophones et ne requiert donc pas un anglais sophistiqué. D’où la création d’une méthode simplifiée pour un apprentissage rapide (cette version allégée semble séduisante mais n’est pas un bon support pour la découverte interculturelle indispensable). Il existe d’ailleurs plusieurs variantes de « globish » utilisées dans le monde. L’anglais majoritaire aujourd’hui est en fait l’anglo-américain, en raison du poids économique et de l’impérialisme économique des états-unis et de l’influence de l’informatique, du cinéma ou de la chanson chez les jeunes en particulier dans les pays émergents. le global english, au grand dam des anglophones est en train d’éclipser l’anglais dans le monde comme l’indique cette excellente étude du british council qui modifie la carte des langues d’affaires.
N’ayant pas d’académie à la française, la langue anglaise part dans tous les sens et parfois se voit imposer des syntaxes et des vocabulaires non désirés. Le cas de l’anglais en Inde et de sa dérive montre l’évolution actuelle.
Une deuxième forme de menace est le développement de langues étrangères dans des pays natifs anglophones comme l’espagnol aux Usa en particulier en Floride ou en Californie (logique retournement de l’histoire dans ces terres autrefois espagnols?). témoignage
Le débat sur l’espagnol deuxième langue officieuse des états-unis est devenu un enjeu politique national(Encore une chance pour la France, l’espagnol étant proche du français et enseigné largement en France).
Cette analyse pertinente montre aussi les limites et les conséquences de la diffusion de l’anglais dans le monde et ses conséquences sociaux-politiques.
Et demain, le chinois langue mondiale?

l’anglais langue véhiculaire

Langue qui permet à des communautés de langues différentes de communiquer.
L’anglais est une langue véhiculaire quand elle permet à des habitants de l’Inde ou du Canada, par exemple, de communiquer entre eux mais également dans les rencontres internationales, la communication entre locuteurs étrangers pour les affaires ou le tourisme. C’est alors une langue incontournable. L’hégémonie de cette langue dans le domaine informatique, médical, technique…est un atout pour la diffusion des connaissances dans le monde mais un handicap pour les non locuteurs. En Europe, il envahit les institutions européennes confrontées à un défi plurilingue unique dans le monde. Cette prépondérance peut être aussi un handicap pour les locuteurs non natifs car il favorise les anglophones dans toutes négociations en anglais et les emplois (exemple dans les institutions européennes). Les traducteurs natifs anglo-saxons sont très recherchés d’autant plus qu’ils deviennent rares suite à l’effondrement de l’apprentissage des langues étrangères au Royaume-uni…).
Lisez l’anglais en Europe du conseil de l’Europe à Strasbourg et découvrez le rôle de langue véhiculaire de l’anglais en Europe.
Pour l’union européenne le problème est aussi politique par respect pour les langues minoritaires et l’avantage linguistique accordé à un seul pays très minoritaire en terme de population et dont l’ancrage avec l’Europe est contestable, le Royaume-uni en particulier. Une autre alternative plus neutre aurait pu être envisagé comme dans ce  rapport Grin.
Il existe aussi un nouveau « pidgin » ou jargon européen au sein des institutions de l’Europe.
Langue véhiculaire sur l’internet, son influence sur la toile est toutefois en régression en pourcentage en raison du développement des logiciels de traduction automatique et du poids des populations des pays émergents. La majorité des pages web seront un jour en chinois par la logique démographique. Aujourd’hui plus de 44% des utilisateurs d’internet sont en Asie…
Au départ un cercle restreint anglophone, l‘internet s’internationalise et favorise un environnement multilingue. Les langues sur l’internet…surprise!
L’arrivée de nouvelles techniques comme l’implantation des noms de domaine en langue native va réduire considérablement la part de l’anglais sur la toile et modifier, par exemple, une stratégie de nom de marque ou d’entreprise, l’utilisateur privilégiant sa recherche dans sa langue native d’où un besoin de translocation des noms.
A l’usage l’utilisateur de la toile s’aperçoit bien vite qu’en dehors des pays anglophones l’information est plus riche et intéressante dans les langues natives et que l’anglais est souvent utilisé pour un usage très restreint. Pour un exportateur pas de comparaison possible entre un annuaire en anglais (spécial étranger!) d’un pays et ceux utilisés par les locaux.
Une langue véhiculaire c’est aussi une langue appauvrie en apport et compréhension interculturelle et parfois un piège. Parce qu’un Camerounais parlera français on oubliera un peu trop vite le fossé culturel qui nous séparent. De plus le passage de la langue d’origine à une langue tierce puis retraduction dans une autre langue évoque le jeu du téléphone arabe et ses déformations.

L’anglais, une chance pour la France

Perçu comme une menace par des intellectuels français, l’anglais est en réalité un coup de chance pour les Français exportateurs. la langue anglaise, est de souche indo-européenne (comme nous) et issue du germain (comme nous en partie), a une écriture latine (comme nous), une langue dont au moins 30% sont d’origine française ou franco-normande. Imaginez un instant que le mandarin soit une « lingua franca » pour l’Europe et que nous devions tous l’apprendre…

L’anglais parait alors accessible et facile. C’est d’ailleurs une langue assez simple comparée à du chinois ou du finlandais et sans les redoutées déclinaisons à l’allemande ou à la russe. Pour un Français l’accès à cette langue est aisée et facilitée par la proximité de l’Angleterre. Pour pratiquer dans un pays natif, faire des séjours linguistiques, travailler dans un bain linguistique, la Grande-Bretagne est à quelques heures en TGV ou en bateau. De plus, de nombreux Anglais (200000 propriétaires de résidences secondaires!) viennent en France pour le tourisme, le travail ou y vivre permettant des possibilités nombreuses pour les connaitre et leur parler. Bonus: les liens historiques!
l’Anglais ne menace pas le Français. Parlez-vous anglais dans la vie courante? Bien sûr que non! Des anglicismes? 1 à 3% de mots nouveaux, marginal! Des mots nouveaux en anglais? Pourquoi systématiquement les traduire. S’ils deviennent commun au français et à l’anglais tant mieux, faisons comme les Normands. Avons nous traduit le mot igloo? Notons qu’un « franglais » mal maitrisé est toutefois nuisible comme l’usage de mots anglais en français dans un sens incompréhensible pour un anglophone. En fait l’anglais menace surtout les dialectes locaux y compris en Grande-Bretagne (cas du Welsh).
Le mot « hôtel » d’origine française est utilisé dans le monde entier. Doit-il être remplacé? Inventons plutôt des choses nouvelles dont les noms soient réutilisés dans des langues étrangères. Là est le vrai défi.

L’anglais, langue de l’export?

Le site «les langues de l’export» s’adresse en priorité à des exportateurs, c’est à dire à des vendeurs de biens et de services français à l’étranger! Si vous importez ou participez à une conférence internationale les enjeux linguistiques peuvent être très différents.
C’est pourquoi l’anglais « langues de l’export » n’est pas la langue de l’export mais on peut faire beaucoup de choses :

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