Plurilingue

Une Alsacienne (Céline.C)

En temps qu’Alsacienne, je trouve « normal » d’avoir une éducation germanique. j’entends par là, la transmission du dialecte ou de l’allemand ainsi que des traditions. Mais ce n’est pas pour autant que tous les Alsaciens en bénéficient. Aujourd’hui environ 40% d’entre nous parlent l’alsacien ou l’allemand. Pour qu’une éducation germanique se fasse, et perdurent au fil des années, cela demande une très grande implication des parents. Parfois, lorsqu’une seule des parties (maternelle ou paternelle) est alsacienne, il est souvent plus « commode » pour les parents de se pencher vers une éducation purement « française ». Pour ma part, j’ai bénéficié d’une éducation dans les traditions alsaciennes sans pour autant avoir une transmission du dialecte.

Même si beaucoup d’école mettent en place les classes trilingues (anglais + allemand), l’anglais remporte plus de suffrage que l’allemand, langue considérée même en Alsace comme difficile. Ces enfants développent pourtant par la suite, des facilités pour les langues étrangère.
Personnellement, j’ai eu le déclic pour l’allemand beaucoup plus tard, trop tard sans doute car aujourd’hui je suis une alsacienne qui ne parle pas allemand (ne l’ayant jamais pratiqué à la maison ou durant mes études supérieures) et ce malgré des classes trilingues, ce qui étonne bon nombre de recruteurs ;-). L’alsace reste pourtant « ancrée » en moi, et je suis sure qu’aujourd’hui il ne manque que du temps pour retrouver les réflexes germaniques acquis en classe primaires et secondaires

Pour ce qui est de l’apprentissage de l’alsacien, je pense que c’est beaucoup plus complexe que « l’après 1945 » (même si cela joue). Tout comme moi, Je connais plusieurs jeunes qui ont été élevés exclusivement en alsacien par des grands-parents dialectophones jusqu’à l’entrée en maternelle et qui pourtant ne parlent plus alsacien aujourd’hui , mais qui ont développé des compétences pour d’autres langues.
La prédisposition aux langues, ce serait une question de bande passante des sons entendus pendant son enfance, la bande passante audio française étant particulièrement limitée (la plus importante serait pour les langues slaves, prédisposant à apprendre un maximum d’autres langues avec plus de facilité). On apprend plus facilement si on a été au contact avec d’autres sons pendant sa prime enfance.

C’est sans doute dommage que l’Alsace n’ait pas su garder un vrai bilinguisme, peut être était ce plus facile pour l’intégration et pour l’acceptation de cette région comme région faisant part entière de la France
Dans les années 50, s’intégrer c’était adopter la langue du pays d’accueil, même au risque d’oublier sa langue maternelle
Aujourd’hui, chez les jeunes de 30 ans, je ressens cette envie de repartir à la recherche de ses racines notamment lorsque ceux ci ont intégré une région comme Paris, ou les traditions sont totalement absentes et ces envies / besoins sont d’autant plus grand lors de la période de Noel période lourdes de tradition (on connait tous la réputation des marchés de Noel).

Pour l’alsacien il reste encore la question du dialecte, on ne parle pas le même alsacien dans le haut-rhin et le bas-rhin. L’alsacien standard n’est qu’une vue de l’esprit, cela n’existe pas.

Aujourd’hui, l’alsacien, reste la langue du coeur des personnes âgées qui ne se sont pas mises au français . Et deux clans s’affrontent, – « oh c’est dommage, personne ne parle plus l’alsacien », et ceux qui disent « C’est super, maintenant tous les enfants parlent français et ce n’est plus un problème » (comme dans les années 1918-1940 où en définitive personne ne savait plus l’allemand et personne ne savait encore le français surtout à la campagne). L’envie que les enfants parlent le français même au risque de perdre la langue régionale, vient à mon avis des années 40 et du traumatisme des personnes qui ont été évacuées dans le sud-ouest et qui se trouvaient en incapacité de communiquer avec des gens qui étaient français eux aussi. A ne pas mésestimer.

L’alsacien et les traditions sont les racines de la transmission d’une langue germanique et donc de l’allemand. De moins en moins de famille transmettent cette tradition par faute de temps (surtout dans les grosses agglomérations). La part des jeunes adultes sachant parler allemand tend à disparaitre donc dans une Europe ou l’anglais prend tout son essort.

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