Le combat perdu d’avance de la promotion du français dans le monde

Le français, bien installĂ© dans le monde, ne bĂ©nĂ©ficie pas Ă  mon avis d’un marketing adaptĂ©…

1- La grenouille qui se voulait plus grosse que le boeuf

La premiĂšre erreur marketing est de se positionner dans un challenge avec l’anglais (qui ne menace pas du tout le français en France) et qui n’est pas la premiĂšre langue native du monde mais la premiĂšre LV1 (langue vivante) enseignĂ©e. Pour des tas de raisons Ă©conomiques, politiques ou culturelles le faire est une chimĂšre de vieux colonialistes figĂ©s dans un passĂ©isme aveugle. S’Ă©puiser dans cette voie serait donc stĂ©rile. De plus la langue anglaise a ses propres problĂšmes (dispersion linguistique, concurrence de la relocalisation de langues natives majeures, baisse de la prĂ©pondĂ©rance anglo-saxonne sinon pourquoi « make America great again » ou le Brexit.), ignorance des langues Ă©trangĂšres, invasion de l’espagnol aux USA, global English bien compris entre non Anglo-Saxons mais diffĂ©rent de l’anglais courant…

2- DĂ©tournement d’objectif

En mĂ©langeant langues et politique on dilue la force de frappe et les moyens et on prĂ©sente surtout un message brouillĂ©. Les objectifs de la Francophonie, par exemple, sont clairement autres que la simple diffusion de la langue française (pour ne citer que les officiels de façade…):

  • Promouvoir la langue française et la diversitĂ© culturelle et linguistique
  • Promouvoir la paix, la dĂ©mocratie et les droits de l’Homme
  • Appuyer l’éducation, la formation, l’enseignement supĂ©rieur et la recherche
  • DĂ©velopper la coopĂ©ration au service du dĂ©veloppement durable

L’institut Goethe allemand, par exemple, semble avoir d’autres objectifs…

  • Page d’accueil de l’institut Goethe On ne parle bizarrement que de langue allemande…
  • Page d’accueil de la Francophonie On comprend au premier coup d’oeil que l’objectif n’est pas vraiment la langue française… Caricaturale, Francophonie s’Ă©crit avec un F majuscule quand il s’agit de l’organisme et un f minuscule pour l’ensemble des locuteurs de français. Tout un symbole!

Un autre exemple d’organisme « francophonie »:

 le Cercle des Communicants Francophones (devenu en 2019 le Cercle des Communicants et des Journalistes Francophones) est un espace d’Ă©change, d’entraide et d’Ă©laboration de propositions. Objectif : faire progresser la communication et le journalisme et faire vivre la francophonie

Leurs Ă©vĂ©nements Ă  venir…

C’Ă©tait au dĂ©part  » le Cercle des Communicants Francophones »…

Cette posture a pour consĂ©quence premiĂšre le placement de politiciens incompĂ©tents en langues et surtout prĂ©occupĂ©s par leurs avantages et positions sociales plus que par la rage de diffuser le français (et il faut trouver des postes pour les seconds couteaux de la politique). Ensuite nous trouvons une conception figĂ©e voir colonialiste de la langue (langue = dialecte + une flotte et une armĂ©e) et trĂšs Ă©loignĂ©e du marketing langue nĂ©cessaire aujourd’hui. La nouvelle vague mondiale de demandes en apprentissage (surtout numĂ©rique) n’est toujours pas comprise par notre armĂ©e de gĂ©nĂ©raux mexicains gardiens de panthĂ©onistes tombeaux. On se contente alors de patauger sur le seul accroissement dĂ©mographique des pays africains francophones.

La restructuration alliance française et institut français, bonne dans le principe, n’est d’ailleurs que le reflet de la rĂ©duction de budgets et de la soif de contrĂŽle politique par ceux qui clament la propagation du français dans le monde. Le gouvernement français a-t-il le monopole de la langue française? En fait-il bon usage? Non.

En bonus, Ă  chaque conflit existentiel avec un pays Ă©tranger, l’assimilation français/ politiciens arrogants et donneurs de leçons jouent Ă  plein pour casser une expansion ou une sympathie de la langue française dans les pays concernĂ©s.

3 Les jeunes Ă©trangers, les locuteurs (diffuseurs et clients) de demain

Les derniĂšre mesures de restrictions pour les Ă©tudiants Ă©trangers sont clairement Ă  contre courant alors qu’on bave d’envie sur les grandes universitĂ©s Ă©trangĂšres qui accueillent des masses d’Ă©tudiants du monde. Comme pour l’embargo russe, la stratĂ©gie de la balle dans le pied est Ă  la hausse. Pour avoir une statue de martyre, une pension d’invaliditĂ©?

3- Compréhension du concept de marketing langue

Un peu comme vouloir enseigner le hip-hop aux acadĂ©miciens, expliquer aux gĂ©nĂ©raux de la langue française qu’il faut adopter une stratĂ©gie de niche et adapter son produit pour mieux l’exporter est une gageure et un risque certain pour votre carriĂšre (coup de chance toutefois les bĂ»chers ont disparu).

Or, pour mieux vendre (oh le vilain mot!), il faut simplifier et diffuser avec une attitude offensive et ne pas se contenter de chiffres à la hausse de la démographie africaine.

Avec dĂ©jĂ  plus de 200 millions d’apprenants du français en LV2 nous sommes dans le top des langues mais la concurrence espagnole ou chinoise nous talonnent. C’est le moment ou jamais d’appuyer sur l’accĂ©lĂ©rateur!

La base de cette manne est la traditionnelle attirance d’Anglo-Saxons pour cette LV1 avec sa culture, son image de luxe, ses lieux de vacances, ses artistes, ses vins et cuisines, l’image du Paris romantique ou encore des femmes « françaises ». Mais tout cela a bien vieilli et est surtout concurrencĂ© par des destinations touristiques nouvelles et nombreuses, le charme des bombas latinas, les vins Ă©trangers fameux et des artistes Ă  diffusion planĂ©taire. À Piaf ou aux films français ont succĂ©dĂ© Shakira, les novellas ou les dramas corĂ©ens dans le coeur des jeunes gĂ©nĂ©rations du monde. Pour une Indila dont les chansons sont reprises Ă  l’Ă©tranger ou un rare Daft punk, combien d’autres artistes français sont cĂ©lĂšbres ou repris Ă  l’Ă©tranger?

Quel est le premier reproche et obstacle de la demande en français? Hors pays natifs la rĂ©ponse est unanime, c’est trop difficile! MĂȘme si pour des Anglo-Saxons la concordance de vocabulaire est trĂšs importante, la grammaire fait peur. Alors, comme les petits Français pour avoir des points au bac et ne pas ramer, on choisit la facilitĂ© comme l’espagnol…

Des subjonctifs inconnus des Français et de plus en plus rarement utilisĂ©s aux exceptions nombreuses issues parfois d’une soirĂ©e de beuverie d’un Ă©crivain cĂ©lĂšbre (elle devient donc sacro-sainte) aux incohĂ©rences d’une langue rĂ©putĂ©e cartĂ©sienne (expliquez moi pourquoi thĂ©matique et thĂšme…) et en ajoutant les rĂšgles de participes passĂ©s inconnues de 99,99 % des Français (correct: elles se sont accordĂ© deux mois de vacances), notre langue n’est pas effectivement trĂšs « vendeuse ». En Allemagne l’Ă©criture gothique et une rĂ©forme ont considĂ©rablement simplifiĂ© son apprentissage sans faire des tempĂȘtes de crĂąnes (et Ă  retardement) comme en France.

Quand on voit la lamentable et timide rĂ©forme restĂ©e au milieu du guĂ© (donc plus personne ne sait vraiment quoi faire) et une acadĂ©mie en retard de la guerre de 70 pour les nouvelles crĂ©ations (une langue vivante donne la vie comme son nom l’indique!), on peut lĂ©gitimement s’inquiĂ©ter de la place du français sur le marchĂ© mondial.

Testant des centaines d’applications et supports pour apprendre des langues Ă©trangĂšres, Le lab des langues constate ainsi le fossĂ© entre ceux crĂ©Ă©s pour le français et les autres. AcadĂ©misme, ennui, manque de fantaisie et orientĂ©s label Ă©ducation nationale, ils n’encouragent guĂšre Ă  des vocations et des envies. Il faut alors se tourner vers des produits de l’Ă©tranger pour des innovations motivantes. Un exemple de mĂ©thode du français qu’on ne trouvera pas en France car trop simple (et on n’oublie que pour des Ă©trangers truc simple = sympa donc fait aimer l’apprentissage d’une langue). Imaginer la tronche d’un expert de l’Ă©ducation nationale devant une application de ce style pour la langue française.

4- On a un gros concurrent sur le crĂ©neau LV2, l’espagnol

Un peu de « benchmarking » serait salutaire. La comparaison est l’un des exercices les plus haĂŻs des institutionnels. La remise en cause n’Ă©tant jamais de saison et le dĂ©ni Ă©ternel en France, les bonnes leçons Ă  tirer des autres participants Ă  la compĂ©tition mondiale n’atteignent mĂȘme pas les commissions chargĂ©es de les enterrer!

  • 200 millions d’apprenants contre 70 pour l’espagnol, c’est top mais il nous grignote le marchĂ© US
  • Avantage dĂ©mographique du français avec la croissance africaine mais les migrants « espagnols » diffusent cette langue Ă  l’Ă©tranger contrairement aux migrants francophones
  • Avantage du français en demande par rĂ©partition pays selon un petit sondage d’une application mondialement diffusĂ©e, 77 pays contre 57 pour l’espagnol
  • Vocabulaire commun important anglais/français mais l’espagnol est vu comme cool et facile
  • Le français, langue de prestige culturelle et de mode mais pour une petite fraction de population et perçue trop souvent comme pĂ©dante. Image intello positive mais pas vraiment un facteur de diffusion de masse comme avec un Che Guevara
  • AcadĂ©misme rigoureux et applications vieillottes avec mĂ©thodes Ă  l’ancienne au parfum trĂšs Ă©tatique d’un cotĂ© et de l’autre rythme latino, playa, et bombas latinas. Quand on est jeune et plein de sĂšve, le choix est vite fait…
  • Vieillissement des rĂ©fĂ©rences culturelles françaises (Piaf, Tour Eiffel…) et diffusion mondiale de la culture latino de Los Angeles via l’industrie amĂ©ricaine du film et de la musique (effet Shakira, PenĂ©lope Cruz,…) mĂȘme si l’on mĂ©lange celle du BrĂ©sil de langue portugaise.
  • Accueil des natifs en Espagne ou en AmĂ©rique du sud moins froid et exigeant que les Français quand il s’agit de parler dans un français hĂ©sitant. La rĂ©putation mondiale des Français dans ce domaine n’est plus Ă  faire mais Ă  dĂ©faire (parfois exagĂ©rĂ©e mais la perception est lĂ ).
  • Les pays en demande d’espagnol de LV2 sont influents (Chine, BrĂ©sil, Usa, Japon, Europe). C’est lĂ  oĂč il faut mettre le paquet!
  • Implantation amĂ©ricaine de l’espagnol durable (voir l’apparition de la rubrique espagnole sur les grands sites de dictionnaires d’anglais aux USA). L’usage de l’espagnol dans la rue aux USA est aussi un avantage pour un apprenant (et non pas seulement avec des touristes ou Ă  l’Ă©cole).

Quoi faire?

1-Dissocier la politique de la diffusion de la langue

2-Concentrer les moyens sur des trucs plaisants et des pays influents. Des initiatives de « soft power » comme l’aide aux tournages de films Ă  Paris ou en RhĂŽne-Alpes sont Ă  intensifier pour une vision Ă  long terme Ă  la fois du tourisme et de l’attrait de la langue française. Un grand bravo ici.

3-DĂ©velopper ou favoriser des applications sympas pour « faire aimer » et sortir de l’acadĂ©misme gardien du temple et des « exigences » de perfection stupides

4-Opter pour un marketing agressif sur le marché LV2 et non pas de suaves paroles diplomatiques à usage électoral interne en misant tout sur la Françafrique

5-CrĂ©er une version du français simplifiĂ© mode global English et dĂ©poussiĂ©rer le français officiel actuel (une rĂ©forme de fond Ă  faire d’abord dans sa tĂȘte)

6-Faire appel Ă  des « extĂ©rieurs » Ă  la politique ou Ă  l’Ă©ducation nationale aux postes clĂ©s en misant sur des innovateurs « out of the box » Ă  la Daft Punk

En lisant la sixiĂšme recommandation on comprend mieux ainsi le titre…

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