Les « language exchanges on line », le truc miracle?

Les applications ou sites d’échanges linguistiques se sont multipliées et devenues très populaires. Sont-elles si merveilleuses?

Notons que tout site de mise en contacts avec des locuteurs étrangers peut aboutir à des échanges à l’aide de courriers électroniques, SMS ou d’outils comme Skype. Nous parlerons ici plus particulièrement des outils d’échanges linguistiques qui permettent de parler en visuel et en direct avec une recherche de profils. Ils sont disponibles sur des plateformes dédiées avec, le plus souvent, une gratuité des prestations! Les vrais « language exchanges » excluent ceux de prestations de cours payants (les tuteurs et profs) mais l’expression est parfois utilisée à tort pour décrire certains échanges. Le mélange des genres existe d’ailleurs sur certains sites (comme chez Italki) avec des tuteurs payants et d’autres gratuits et des professeurs.

Les Avantages

  • Elles présentent des avantages certains comme la gratuité (pour beaucoup ou partielle) et la possibilité magique de trouver en quelques clics un interlocuteur natif. Un débutant pourra y pratiquer ses premières phrases et un avancé communiquer en « live » avec un très grand choix de contacts dans de nombreux pays.
  • Une communication vidéo dans le monde et à petit prix (abonnement web), une réalité aujourd’hui inimaginable avant. Sélection, quelques clics et c’est parti avec une simplicité incroyable!
  • On trouve facilement quelqu’un de sa génération ou ayant des hobbies à partager
  • Un partage judicieux de compétence (30 minutes de français – 30 minutes langue étrangère par exemple)
  • Des outils de travail pour certaines applis (assez rare en fait). Ici un thème et son vocabulaire à employer

Les Inconvénients

  • L’échange en ligne n’apporte pas le bain d’immersion permanent comme le séjour et oblige à switcher en mode langue natale français pour le partage (un temps trop souvent trop court).
  • Les applications de recherche de correspondants sont des moyens de rencontres et en ont très souvent les dérives comme la drague lourdingue, les « votre photo est jolie Â», les pseudos nazes, la recherche de pigeons ou d’hébergements no cost. Dans la jungle de ce type d’applications, deux tendances se dessinent;  celles dont le tapotage frénétique ou le chat audio et video s’abiment vite dans l’ocean des « small talks Â» d’une banalité affligeante et celles dont l’objectif réel est de trouver des partenaires linguistiques. Ã€ chacun de choisir sa voie et ses envies mais aussi de ne pas gêner les autres…
  • Mal préparé, une lassitude peut rapidement apparaître passé les quelques banalités d’usage et ne pas répondre à l’objectif d’apprendre
  • On peut mettre n’importer quoi dans un profil. Qui va vérifier…
  • La qualité du contact peut être dégradé par la différence culturelle (on est dans son salon mais connaît-on la culture de l’autre? sur place on est plus prudent en général) et la personnalité de chacun (déjà en français, c’est pas évident avec des inconnus…)
  • Le nombre de profils peut inciter à chercher sans fin l’idéal au lieu de pratiquer…
  • Le marché des échanges est déséquilibré avec la langue anglaise en particulier dans les « tandems » d’échanges avec des anglophones trop sollicités et des locuteurs de bamiléké en difficulté pour trouver un apprenant..
  • L’abus d’usage de correspondants qui recherchent des profs gratuits (votre interlocuteur n’est pas là pour se casser le tronc à vous faire de la grammaire).
  • Les rémoras n’existent pas que dans la mer, on les trouve dans l’océan du web…
  • On s’enferme facilement dans l’entre soi avec des correspondants à son image et on rate la marche de la diversité
  • Il y a des introvertis et des extravertis sur le web comme dans la vie. L’accord n’est pas toujours évident
  • Il s’agit d’amateurs. Ne pas attendre de services professionnels!

Se préparer

  • Il est d’abord recommandé de se pencher sur la qualité de votre connexion et les conditions tarifaires de votre abonnement ou connexion selon les prestataires et outils. La surprise du roaming!
  • Attention aux bruits de fond, à l’image et au décor que vous donnez
  • Offrez une description très complète et documentée en évitant les pitreries et tocs du web (comme les photos qui donnent mal au cou)
  • Soyez sincère et ne pas jouer au Youtubeur de service pour pouvoir inspirer confiance et ne pas déstabiliser le correspondant
  • Privilégier les plateformes avec appréciations (ci-dessous SpeakShake qui demande un check-up complet après chaque communication. Un superbe outil mais pas très populaire et efficace pour faire du chiffre d’où la fin de son accès au grand public…)
  • Bien définir son niveau pour trouver le bon correspondant
  • Avoir une stratégie d’apprenant (malheureusement la plupart des profils n’ont que l’impro…
  • Bien choisir le correspondant en vue de l’objectif d’apprentissage déterminé à l’avance et non pas se complaire dans la revue des tronches charmantes mode sites de rencontres… Voir cet article sur le choix d’un prof web 2.0 où l’on retrouve les mêmes défauts
  • Faire attention au décalage et aux plages horaires disponibles
  • S’informer des habitudes culturelles des pays. Le contact direct donne l’impression que le monde est un grand village… Faux et les gaffes arrivent vite!
  • Être tolérant, très tolérant et surveiller son égocentrisme naturel. Il s’agit de partages! Donc ne pas jouer au consommateur exigeant!
  • Bien définir ce que vous recherchez et le dire clairement. Avant!
  • Rechercher des pays, styles et accents différents une fois les outils maîtrisés et les premières expériences faites
  • Définir des thèmes, des vocabulaires, des actions… en fait un programme avant la communication pour un échange constructif et non stérile (certaines applications proposent des scénarios et vocabulaire à cet usage)

Les Trucs à retenir

  • Ne pas s’emballer sur les premiers profils. Proposer un essai, pas une amitié éternelle au premier contact!
  • Connaissez vos vieux démons du chat ou de la rencontre, on est ici pour progresser en langue étrangère!
  • Cultiver votre empathie pour ressentir quand vous embarrassez…
  • Si géographiquement proche (natif vivant près de chez vous), souhaitez- vous vraiment rencontrer la personne au coin de votre rue?
  • Pour favoriser l’immersion, opter pour une langue une fois sur deux (mais allonge les intervalles de travail)
  • Une trop grande différence de niveau crée un déséquilibre de travail pour l’un (pas très bon)
  • Parler plus lentement que la normale selon le niveau
  • Limiter les idiomatismes incompréhensibles (ou alors, thème de l’échange)
  • Bannir l’humour type second degré à la française et les râleries
  • Accepter les erreurs et ne pas chercher à sanctionner à tout coup. Laisser parler!
  • Ne vous épanchez pas sur trop votre vie personnelle ou le partage de vos données, ce sont des inconnus et certains rôdent pour d’autres motifs. Gardez vos distances dans un premier temps. Si ça dérange, vous allez sûrement échappé à quelque chose de négatif en ayant passé votre chemin
  • Pour les hommes surtout, arrêter de croire qu’elles sont là pour autre chose et abandonner vos fantasmes nationaux (Russes, Thaïlandaises, Coréennes,…) qui en plus sont toujours bidons dans la réalité
  • Respecter les rendez-vous par respect mais aussi pour ne pas voir votre réputation s’effondrer en cas de notations
  • Être patient et « fair » (comme expliqué dans la vidéo suivante)

Tips on video

Une Sélection pour les découvrir

Certains, excellents, ont disparus comme Wespeek ou l’excellent speakshake, n’ayant pas le bon modèle marketing, la masse critique et les budgets de communication nécessaires. On trouve aussi d’anciennes applications ou des outils issus d’écoles ou d’universités au design souvent un peu pourri ou très académique mais sélectifs (souvent aux profils très/trop sérieux qui attirent beaucoup moins…) et qui sont dépassés par le grand nombre d’inscrits des sites de « marketers » …

Ancien

Moderne, Idyoma

Autres modes

Le SMS, la messagerie, le chat comme outils et des sites de contacts les-communautes-linguistes-du-web existent aussi (et depuis bien plus longtemps). C’est souvent un moyen prudent et visant plus le long terme. Ils sont parfois prescripteurs de rencontres non virtuelles comme polyglotclub.com.

On peut souvent prendre son temps pour écrire et ne pas être prisonnier d’un rendez-vous. Les échanges écrits (quand il ne s’agit pas de quelques LOL ou abréviations de ce type) peuvent conduire à un contact « Voice » avec plus de sécurité et d’informations pour se préparer. On constate d’ailleurs à l’usage un mixte des formules ayant chacune leurs avantages. Certaines permettent des contacts de proximités comme amikumu (conçu au départ pour les éspérantistes) par SMS pour trouver des locuteurs dans la même zone géographique. Différentes fonctions peuvent être aussi proposées lingoglobe.com.

Notes

Le bilan est en réalité assez mitigé en raison des inconvénients et des aléas, bien sûr, mais aussi avec l’ambiguïté d’une conversation qui se veut trop souvent « cours » pour l’un des partenaires au détriment de l’autre ou le détournement en application de rencontres. Le mélange des genres est un peu pénible pour l’apprenant sérieux qui se farcit les profils en mode réseau populaire et ses photos à la noix. Un bon critère d’ailleurs, ces dernières, pour s’éloigner…

En raison de l’inscription gratuite et ouverte à tous (adultes), il ne faut pas hésiter à faire « next » et faire le ménage en examinant très fort les profils pour discerner ceux qui recherchent vraiment un apprentissage linguistique. C’est le gros défaut de ce type d’applications mondialistes, la gestion constante des poubelles!

De plus, les grands débutants seront vite scotchés dans le marigot des banalités vite lassantes, voir stressantes. Un apprenant avancé (ou très bien préparé) pourra mieux en tirer des bénéfices mais la formule est inférieure, à mon avis, en efficacité que les nouveaux clubs de conversations en ligne « assistés » (mais payants…)

La recherche et le grand nombre de correspondants sont aussi des écueils. Cool, sympa et attirant ne riment pas non plus avec efficacité! Qui choisir aussi parmi de trop nombreux profils (vous avez 500 résultats…! La plaie aussi des profils remplis en lance-pierre ou en mode mystère.

L’un des obstacles que l’on rencontre rapidement passé l’euphorie du premier essai est quoi dire à un inconnu. En présentiel, on n’a plus de facilités de communication verbales et non verbales et un environnement pour évoluer qui nous donne des sources de sujets de conversations réalistes. Le passage à l’acte en ligne n’est pas non plus toujours facile pour les plus timides/ introvertis et implique, avec l’écran, une intrusion dans son univers (un inconnu dans la rue et chez soi, c’est différent). Sous l’aspect sympa et génial, les applications zappent un peu la dimension psychologique du truc que maîtrisent certes certains beaux parleurs (quoiqu’ en langue étrangère, ils mettent souvent la sourdine) mais absolument pas la majorité des gens.

La frontière entre applis de chat à fort potentiel marketing et celle des outils linguistiques est aussi souvent assez floue avec des webmasters soucieux de grossir leurs inscriptions et le buzz. On peut alors perdre beaucoup de temps et d’énergie à « trouver » en naviguant dans les bases de profils pour trouver le bon interlocuteur. La différence entre plateformes se fait avec la présence ou non d’outils spécifiques proposés, la modération des inscrits (un peu, beaucoup aux abonnés absents) et à l’allure des accroches publicitaires et descriptifs. « Viens te faire des amis virtuels », c’est pas forcément la voie royale pour développer efficacement ses aptitudes linguistiques (mais il est vrai que vis à vis de sa copine ou de son copain, naviguer sur un site de contacts linguistiques, ça fait plus sérieux…). Il faut être honnête, la réussite et le développement des sites de « language exchange » passent par la case de « sites de rencontres » pour attirer les inscriptions…

Soyons aussi positif! Elles permettent de parler et peuvent être un déclencheur utile si l’on sait dépasser le stress de la rencontre (ou alors on n’aime que cette dernière activité qui relègue alors les langues étrangères au strapontin). On peut aussi définir une stratégie de contacts (avec aussi d’autres applis non linguistiques comme Penpal) puis définir un programme d’échange linguistique (mais qui peut alors ne pas intéresser votre interlocuteur). les travel buddies sont aussi des sources de contacts, la partie linguistique étant alors pleinement effective pendant les voyages. Attention donc au label trop souvent détourné de « language exchange »…

Action!

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